Documentaire





Pierrette



‘‘Ils avaient acheté un terrain au beau milieu de la montagne tout seul très isolé. Ils ont fait construire une petite maison sur ce terrain.

Son mari qui travaillait dans le bâtiment a fait faire le gros-œuvre puis a tout terminé de ses mains. Cette maison, c’est donc la construction plaisir, le lieu de vacances ou elle était seule avec son mari et son fils. Son mari était artisan et travaillait énormément.

Quand ils allaient dans le Vercors, il était là, ils étaient ensembles et elle l’avait pour elle toute seule. Elle avait son fils qui était toujours là aussi.

Elle emmenait son Polaroïd partout. Il était souvent posé sur la table de cuisine, sur le canapé...
Il était toujours à portée de main. Elle prenait des photos de son mari, son chien, son fils, les paysages...

Elle avait son petit univers autour d’elle. Elle ne se sentait pas seule.’’




La dépression est une maladie, et non le reflet d’une faiblesse de caractère. Elle nécessite une prise en charge médicale.

La mélancolie anxieuse caractérisée par une anxiété très marquée : il s’agit d’une urgence médicale à cause du haut niveau de risque suicidaire.

La fréquence des tentatives de suicide est sensiblement plus élevée pour les femmes que pour les hommes. Une augmentation des tentatives a été observée de 1975 a 1985.



‘‘Pierrette était sérieusement malade, dans un état dépressif profond qu’on appelait la dépression mélancolique Je ne suis pas sûre d’avoir rencontré et connu la vraie personne qu’elle a pu être avant d’être malade.

Le jour de sa mort, elle avait été hospitalisée suite à une tentative de suicide qui avait eu lieu chez elle. Elle a pu être sauvée à temps.

Elle a été pour la énième fois mise en service psychiatrique pour sa propre sécurité à l’hôpital dans un service spécifique de haute protection pour les malades.
Ce sont des chambres ou il n’y a absolument rien, dépouillées de tout ce qui peut servir à se faire du mal (tranchant, coupant, filets...)

Au bout de deux jours d’hospitalisation dans ce service, elle leur a dit qu’elle avait froid. Donc ils lui ont fourni une couverture.

Elle s’est tournée vers la fenêtre en tournant le dos à la porte d’entrée et s’est étouffée avec cette couverture pour en finir définitivement.’’

Le suicide comme fait social relève d’abord d’une microsociologie de la famille. - Durkheim

Par le réseau serré des relations qu’elle tisse autour de l’individu, et même si la manière dont il s’exerce a changé, le rôle de la famille demeure considérable.
- Alain Girard

‘‘Pour elle, la famille c’était son mari et son fils. C’était eux la priorité.

Ils se sont retrouvés un petit peu isolés du reste de la famille à être moins invités, à moins proposer d’invitations et du coup ils se sont refermés sur eux même.

C’était un petit monde a trois.

Pas très présent dans la semaine à cause du travail, son mari se reposait le weekend. Il ne devait donc pas être très présent dans l’éducation quotidienne de son fils.

Elle était très protectrice, inquiète que son fils tombe malade.’’

‘‘Elle a mal vécu le fait que son fils grandisse.

Il faisait du vélo, c’était angoissant. Après, il a fait de la moto : n’en parlons pas. Il a passé son permis de conduire, il a eu une voiture : elle avait peur dès qu’il s’éloignait un tant soit peu, qu’il ait un problème sur la route, un accident, une panne, un malaise ou quoi que ce soit.

Elle avait peur qu’il tombe malade. Quand il a commencé à travailler, elle avait peur que ça se passe mal au travail, qu’il soit blessé.

Elle avait l’impression de le perdre en le voyant se rapprocher de l’âge adulte.’’
Facteurs de cohésion sociale, soutiens dans un environnement instable ou menaçant, les réseaux familiaux constituent forcément un premier cercle de socialisation et facilitent la conscience d’appartenance.
- Agnes Pitrou

‘‘Quand elle était dans une bonne période, c’était une femme qui était très gaie, très enjouée. À la limite exubérante.

Elle écoutait de la musique, elle chantait, elle dansait, elle faisait des bouquets de fleurs énormes.

Elle avait un appareil photo dont elle se servait souvent mais c’était surtout son Polaroïd qu’elle gardait tout le temps sous la main. Elle aimait beaucoup prendre des photos de son quotidien.

Ces moments de joie intense précédaient malheureusement souvent des bas qui étaient encore plus sombres et profonds que les précédents. Son entourage n’arrivait même pas à se réjouir de ces moments parce qu’ils étaient l’annonce dans les jours qui suivaient, d’une chute énorme de moral.’’

La progression beaucoup plus marquée de suicide chez les femmes à partir du milieu des années 1970 peut s’expliquer en partie par un vécu commun du fait de responsabilités familiales spécifiques assumées pendant la guerre et après.

Un changement du statut de la femme s’est opéré dans la société et la famille.

Elles avaient beaucoup plus difficilement vécu la remise en cause accélérée des valeurs sur lesquelles elles s’étaient appuyées (famille, mariage stable, femme au foyer...) et avaient forgé leur identité.

Tandis que les hommes étaient moins attachés aux valeurs familiales. - Pierre Surault

20 à 30% des malades présentant un trouble dépressif sévère souffrent d’une forme chronique et résistante aux traitements anti- dépresseurs de référence.




‘‘Lors des pires périodes elle voyait tout du côté obscur.
Elle avait peur de perdre son mari, qu’il lui arrive un souci de santé ou qu’il la quitte. Elle craignait que son fils la quitte une fois qu’il serait grand.

Elle se battait au quotidien contre son démon pour sa famille.
Elle disait dans ces moments-là que la vie était trop dure.
C’était une souffrance insupportable pour elle et la seule solution pour arrêter cette souffrance, c’était d’en finir.

Les conséquences de sa maladie sur son entourage ont été la fuite.
Il n’y avait pas d’amis. La famille avait pris le large. Très peu venaient encore a la maison.

Il n’y avait pas d’empathie de la part de l’entourage. L’empathie qui existait était envers son mari, éventuellement son fils.

En grandissant, son fils a aussi pris l’habitude de fuir cette ambiance, de partir.
Dès qu’il a eu l’âge, il a fait de la moto. C’était sa passion.
Dès que c’était possible, il montait sur la moto, il partait avec ses amis et on ne le voyait plus de la journée.
C’était sa façon de fuir et de survivre à tout ça.

Elle a vu les plus grands médecins, psychiatres, psychologues.
Elle a gardé la tête hors de l’eau pendant un temps grâce a son mari, grâce a son fils mais surtout grâce à elle, grâce à la force de caractère qu’elle avait pour se battre face à cette maladie.

À un moment, toutes ces années à se battre sont devenues trop lourdes. Elle s’est enfoncée trop profondément dans la maladie.’’











Serrurerie-Métallerie, profilé d’artisan







Bruno gère depuis 1995 sa société de serrurerie-métallerie. Il a repris le savoir-faire de son propre père et travaille encore aujourd’hui dans l’atelier où il a commencé à pratiquer son métier.






Le métal représente une infinité de possibilités. Ces tubes à ailettes servent principalement à concevoir puis à fabriquer des ouvertures : des portes et des fenêtres.







Karim travaille l’acier depuis plus de dix ans parmi le bruit des outils et de la lumière des étincelles. Chaque pièce qu’il façonne lui demande une grande précision, si bien qu’avec l’expérience il pourrait souder les yeux fermés.







La guerre incarnée


Ces photos ne sont pas de véritables photos de guerre, elles sont le fruit d’une reconstitution. On voit en effet dans la plupart des clichés des intrus ou des objets d’une autre époque comme une bouteille d’eau, des voitures, des personnes portant des vêtements modernes. Les scènes sont retravaillées au laboratoire en simulant les accidents du temps.